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La Nièvre au cœur d'une controverse nationale : "Stop au massacre" des blaireaux, la mobilisation s'intensifie

24 avril 20265 min de lecture0 vues0 commentaires

La Nièvre est devenue, ces dernières semaines, le point focal d'une vive contestation. Un cri de ralliement, « Stop au massacre dans la Nièvre ! », résonne bien au-delà des frontières départementales, porté par des associations de protection animale et une opinion publique de plus en plus sensible à la cause faunique. En cause : une autorisation préfectorale exceptionnelle permettant la chasse au blaireau, y compris durant une période cruciale pour la survie de l'espèce.

Un animal discret au cœur du débat

Le blaireau d'Europe (Meles meles), mammifère nocturne et discret, est souvent mal connu du grand public. Reconnaissable à son masque facial noir et blanc, il est un acteur essentiel des écosystèmes forestiers et agricoles. Fouisseur hors pair, il aménage de vastes terriers complexes, qu'il transmet parfois de génération en génération. Son régime alimentaire est opportuniste, composé de vers de terre, d'insectes, de fruits, de céréales, et occasionnellement de petits rongeurs ou amphibiens.

En France, le blaireau est classé comme espèce chassable, mais bénéficie d'une période de "fermeture" stricte s'étendant généralement du 15 janvier au 15 septembre. Cette période est censée protéger l'animal durant sa reproduction et l'élevage de ses jeunes. Cependant, une disposition légale permet aux préfets d'accorder des "autorisations exceptionnelles de vénerie sous terre" (ou déterrage) pour des motifs liés à la prévention des dégâts agricoles ou à la sécurité routière. C'est précisément cette dérogation qui met aujourd'hui le feu aux poudres en Nièvre.

L'autorisation contestée et ses motivations

L'arrêté préfectoral de la Nièvre, contesté par de nombreuses organisations, autorise la chasse au blaireau par déterrage entre le 15 mai et le 15 juillet. Pour les autorités et certains représentants du monde agricole, cette mesure est présentée comme une nécessité pour réguler les populations de blaireaux, jugées responsables de dégâts importants sur les cultures (maïs, blé) et les prairies, ainsi que de dommages aux infrastructures routières et ferroviaires par l'excavation de leurs terriers. La Fédération des Chasseurs de la Nièvre, par exemple, met en avant des chiffres de dégâts supposés en augmentation, justifiant, selon elle, cette intervention.

Cependant, les associations de protection animale, comme l'ASPAS (Association pour la Protection des Animaux Sauvages) ou la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux), dénoncent fermement cette approche. Elles arguent que ces autorisations exceptionnelles, loin d'être rares, tendent à se multiplier dans de nombreux départements français, et sont souvent accordées pendant la période où les femelles allaitent leurs petits. Le déterrage, méthode de chasse particulièrement décriée, consiste à extraire les blaireaux de leurs terriers à l'aide d'outils et de chiens, souvent au prix d'un stress intense et de blessures pour les animaux.

Un "massacre" en pleine période de vulnérabilité

Le cœur de la contestation réside dans la période choisie pour cette chasse exceptionnelle. Du 15 mai au 15 juillet, les blaireautins sont encore totalement dépendants de leur mère. La chasse des adultes à cette période conduit inévitablement à la mort des jeunes, condamnés à mourir de faim ou d'isolement dans les terriers. C'est ce que les opposants qualifient de "massacre", un terme fort qui vise à interpeller l'opinion publique sur la cruauté et l'irresponsabilité d'une telle pratique.

Les défenseurs des blaireaux mettent en doute la réelle nécessité de ces battues. Ils soulignent le manque d'études scientifiques indépendantes et robustes prouvant l'efficacité de la chasse comme méthode de régulation des populations de blaireaux ou de prévention des dégâts. Ils arguent souvent que les dégâts attribués aux blaireaux sont parfois exagérés ou imputables à d'autres espèces. De plus, des solutions alternatives, non létales, existent pour limiter les déprédations, comme l'installation de clôtures électriques, la modification des pratiques culturales ou l'effarouchement. Ces méthodes sont jugées plus respectueuses de la biodiversité et potentiellement plus efficaces sur le long terme.

Un bras de fer judiciaire et citoyen

Face à ce qu'elles considèrent comme une décision arbitraire et contraire à l'éthique, plusieurs associations ont annoncé leur intention de déposer des recours juridiques devant le tribunal administratif pour obtenir la suspension de l'arrêté préfectoral. Ce n'est pas une première : de nombreux recours similaires ont déjà été déposés et parfois remportés dans d'autres départements, démontrant que la contestation est légitime et parfois victorieuse. Ces batailles juridiques sont coûteuses et longues, mais elles sont perçues comme essentielles pour faire valoir les droits de la faune sauvage.

Parallèlement à l'action juridique, un appel à la mobilisation citoyenne a été lancé. Pétitions en ligne, rassemblements pacifiques, campagnes de sensibilisation sur les réseaux sociaux : tous les moyens sont bons pour faire pression sur les décideurs et informer le grand public. L'objectif est de montrer la force du mouvement et l'attachement croissant de la société à la protection de la biodiversité. Cette mobilisation s'inscrit dans une tendance plus large de contestation des pratiques de chasse jugées cruelles ou non essentielles, et met en lumière les tensions persistantes entre les mondes de la chasse, de l'agriculture et de la protection de l'environnement.

Vers une cohabitation durable ou une escalade du conflit ?

Le cas de la Nièvre est emblématique d'un débat national plus vaste sur la place de la faune sauvage dans nos paysages ruraux et la manière dont nous gérons la cohabitation entre l'homme et l'animal. D'un côté, il y a la nécessité, souvent réelle, pour les agriculteurs de protéger leurs récoltes et leurs moyens de subsistance. De l'autre, il y a une conscience écologique grandissante et un refus de voir des espèces animales subir des pratiques jugées archaïques et barbares.

Les prochaines semaines seront déterminantes. Le succès ou l'échec des recours juridiques, ainsi que l'ampleur de la mobilisation citoyenne, pourraient influencer non seulement le sort des blaireaux de la Nièvre, mais aussi la manière dont les autorisations de chasse exceptionnelle sont délivrées à l'avenir en France. Au-delà du blaireau, c'est un modèle de gestion de la nature qui est en jeu, interrogeant la pertinence de l'abattage systématique face à des approches plus écologiques et éthiques de la cohabitation.

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