Le Belem, mythique trois-mâts barque français, continue d'écrire son histoire. Construit en 1896, le navire célèbre cette année son 130e anniversaire, une longévité exceptionnelle pour un tel bâtiment. Son escale à La Seyne-sur-Mer les samedi 25 et dimanche 26 avril, une information relayée notamment par ICI Nord, a généré un afflux massif de visiteurs, soulignant l'attachement indéfectible du public à ce patrimoine maritime vivant. Retour sur la trajectoire d'une légende des mers.
1896 : Naissance d'un symbole maritime. Le Belem voit le jour aux chantiers Dubigeon à Nantes. Conçu pour le transport transatlantique de denrées précieuses – cacao, sucre, rhum – depuis le Brésil et les Antilles françaises, il incarne l'apogée du commerce à voile hexagonal. Un navire de proue, destiné à défier les océans et à l'économie de son temps.
Début du XXe siècle : Une vie de labeur et de résilience. Le Belem opère sur les routes commerciales les plus exigeantes, affrontant tempêtes et avaries. En 1902, il survit à un incendie dévastateur en mer, rapidement réparé. En 1914, il échappe miraculeusement à l'éruption de la Montagne Pelée. Sa carrière de voilier marchand s'achève néanmoins en 1914 avec l'avènement des vapeurs. Vendu à des armateurs britanniques, puis italiens, il est transformé en yacht de luxe, puis en navire-école sous pavillon vénitien. Chaque mutation est une preuve de sa capacité d'adaptation, une survie forcée aux mutations technologiques et géopolitiques.
Années 1950-1970 : L'ombre de l'oubli. Relégué au rôle de ponton, puis de coque délaissée, le destin du Belem semble scellé. Les moteurs ont supplanté les voiles, et le trois-mâts, symbole d'une époque révolue, est menacé de disparaître. Il est racheté par la fondation Cini et converti en bateau-école en Italie en 1951, mais son éclat pâlit, son existence devenant marginale.
1979 : La résurrection française. C'est à Venise que des officiers de marine français, en mission, redécouvrent le navire. Sous l'impulsion de l'architecte naval Jean Farnaud, la Caisse d'Épargne et la Fondation Belem se mobilisent pour son acquisition et son rapatriement en France. Débute alors une restauration méticuleuse, visant à lui rendre sa splendeur originelle et sa fonction de grand voilier. Un acte fort de la part d'institutions conscientes de la valeur de ce patrimoine.
1986 : Retour aux sources et nouvelle vocation. Après des années de travaux colossaux, le Belem est classé monument historique. Il retrouve alors sa mission de navire-école, formant de nouvelles générations de marins, et devient un ambassadeur flottant du patrimoine maritime français, participant aux plus grands rassemblements nautiques mondiaux. Il ne navigue plus pour le commerce, mais pour la mémoire et la transmission.
2024 : Un anniversaire emblématique et une escale record. Cette année marque le 130e anniversaire de sa mise à l'eau, une longévité exceptionnelle pour un voilier de cette envergure. L'escale les 25 et 26 avril à La Seyne-sur-Mer a concrétisé cette célébration pour le grand public. L'affluence a été considérable, les visiteurs se pressant en files d'attente pour admirer ce géant des mers. Le public, parfois venu de loin, a témoigné d'un engouement palpable, désireux de fouler le pont de ce navire légendaire, de comprendre son histoire et de ressentir l'esprit des grands voyages. Cet événement n'est pas une simple escale ; il est une célébration collective d'un patrimoine vivant, vibrant.
Enjeux actuels et perspectives d'avenir. La préservation du Belem représente un défi constant. Son entretien colossal, la transmission des savoir-faire ancestraux aux jeunes marins et son rôle pédagogique et culturel sont des enjeux majeurs. Il incarne un lien tangible avec l'histoire maritime de la France, rappelant une ère de découvertes et d'échanges mondiaux. Sa présence continue d'inspirer et de sensibiliser aux défis de la navigation traditionnelle et à la valeur inestimable de notre héritage. Le Belem n'est pas qu'un navire ; il est une mémoire collective en mouvement, un ambassadeur culturel dont l'avenir dépend de la mobilisation continue des fonds et des volontés.