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PresseGaston Lagaffe : Le Grand Retour Décrypté – Quand l'Éternel Gaffeur se Réinvente sous la Plume de Delaf et Trondheim
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Gaston Lagaffe : Le Grand Retour Décrypté – Quand l'Éternel Gaffeur se Réinvente sous la Plume de Delaf et Trondheim

18 avril 20267 min de lecture0 vues0 commentaires

Après une attente ponctuée de passion et de controverses, Gaston Lagaffe, l'inénarrable anti-héros du monde de la bande dessinée franco-belge, s'apprête à faire son grand retour en librairie. C'est un événement qui fait déjà couler beaucoup d'encre et agite la sphère des bédéphiles : un nouvel album, intitulé "Des boum et des paf", verra le jour à l'automne, fruit de la collaboration entre les auteurs Delaf et Lewis Trondheim. Cette annonce, relayée notamment par France Info, n'est pas anodine, puisqu'elle marque le deuxième volume de Gaston Lagaffe qui n'est pas directement issu du génie de son créateur, André Franquin. Elle survient de surcroît trois ans seulement après une polémique retentissante autour d'un précédent essai de "reprise". Plongeons ensemble dans les méandres de cette résurrection éditoriale pour en comprendre les enjeux.

Qu'est-ce que c'est que ce grand retour de Gaston Lagaffe ?

Pour ceux qui auraient vécu dans une bulle sans "M'enfin !" ou "Ga-gniii !", Gaston Lagaffe est bien plus qu'un personnage de bande dessinée. C'est une icône, un mythe. Créé par le légendaire André Franquin en 1957 pour les pages du journal de Spirou, Gaston est l'archétype du gratte-papier qui, malgré lui, sème la pagaille partout où il passe au sein des éditions Dupuis. Génie de l'invention farfelue, du bricolage approximatif et de la procrastination artistique, il est devenu le symbole d'une certaine forme de résistance douce face au monde du travail et à l'autorité. Son univers, peuplé de ses collègues (Prunelle, Lebrac, M'oiselle Jeanne) et de ses animaux de compagnie (le chat Dingue et la mouette rieuse), est un laboratoire permanent de gags et d'absurdités poétiques.

Le "grand retour" dont il est question aujourd'hui n'est pas la découverte d'un trésor inédit de Franquin, mais bien la création d'un album entièrement nouveau par d'autres auteurs. L'album "Des boum et des paf" sera donc la première œuvre de Delaf au dessin et de Lewis Trondheim au scénario pour l'univers de Gaston. C'est ce que l'on appelle dans le jargon de l'édition une "reprise", c'est-à-dire la continuation d'une série par de nouveaux créateurs, avec l'accord des ayants droit de l'œuvre originale. C'est une pratique courante dans la bande dessinée franco-belge (pensons à Spirou, Blake et Mortimer, ou Lucky Luke), mais qui revêt un caractère particulièrement sensible quand il s'agit d'un personnage aussi intimement lié à son créateur que Gaston l'est à Franquin.

Comment fonctionne la "reprise" d'une œuvre aussi emblématique ?

Imaginez que vous soyez propriétaire d'une vieille voiture de collection, un modèle unique, ayant appartenu à une légende de l'automobile. Cette voiture est magnifiquement restaurée, mais les héritiers décident un jour de confier à de nouveaux designers le soin de créer une "nouvelle version" de ce modèle, en respectant son esprit mais avec une touche moderne. C'est un peu ce qui se passe avec Gaston Lagaffe. L'œuvre de Franquin, comme cette voiture, est protégée par des droits d'auteur, détenus aujourd'hui par la famille du dessinateur ou par la maison d'édition Dupuis qui en a acquis les droits d'exploitation via Marsu Productions. Ce sont ces ayants droit qui donnent leur feu vert à de nouvelles créations.

Les auteurs de reprise, ici Delaf et Trondheim, ne sont pas là pour simplement copier Franquin. Leur mission est bien plus complexe : ils doivent s'imprégner de son univers, de son humour, de son style graphique et narratif, tout en y apportant leur propre sensibilité. C'est un équilibre délicat entre l'hommage respectueux et l'innovation nécessaire pour ne pas faire de la simple redite. Le défi est d'autant plus grand que le style de Franquin était inimitable : son trait vif, ses personnages expressifs, ses décors fourmillant de détails et son sens aigu du rythme comique sont des marques de fabrique qui ont fait école mais restent difficiles à reproduire avec la même âme.

La difficulté de cet exercice a été mise en lumière lors de la précédente tentative de "reprise" de Gaston, en 2022, avec l'album "Le Retour de Lagaffe" par Yann et Fournier. Cet album avait généré une controverse majeure, allant jusqu'à des procédures judiciaires, car la fille de Franquin, Isabelle Franquin, s'y était opposée, arguant qu'elle ne correspondait pas aux dernières volontés de son père de ne plus voir son personnage repris après sa mort. Cet épisode a souligné la sensibilité extrême autour de l'héritage artistique et les enjeux émotionnels et juridiques qui accompagnent la "vie" d'une œuvre après son créateur.

Pourquoi est-ce si important et délicat de toucher à un mythe comme Gaston ?

Gaston Lagaffe n'est pas juste un personnage de bande dessinée ; il est une part de notre patrimoine culturel collectif. Des millions de lecteurs, toutes générations confondues, ont grandi avec ses boum, ses paf et ses inventions loufoques. Toucher à Gaston, c'est toucher à la nostalgie, aux souvenirs d'enfance, à une certaine idée de la joie et de la légèreté. Les fans sont souvent très protecteurs de ces icônes et leurs attentes sont immenses. Ils veulent retrouver le Gaston qu'ils aiment, avec son innocence, son esprit rêveur et son pacifisme teinté d'écologie avant l'heure, mais ils souhaitent aussi une proposition qui ne trahisse pas l'esprit de Franquin.

La "patte" de Franquin est le cœur de ce débat. Son génie ne résidait pas seulement dans le gag, mais dans une vision du monde. Ses histoires étaient souvent empreintes d'un humanisme profond, d'une critique douce de la société de consommation et d'une tendresse infinie pour ses personnages. Reproduire cette alchimie relève de l'exploit. C'est pourquoi chaque nouvelle reprise est scrutée à la loupe, comparée minutieusement à l'original. Les enjeux ne sont pas uniquement artistiques, ils sont aussi éditoriaux et économiques. Un succès peut relancer une franchise, attirer de nouveaux lecteurs et générer des ventes considérables. Un échec peut, à l'inverse, froisser les fans de longue date et ternir l'image d'un personnage chéri.

Quelles perspectives pour l'avenir de Gaston et des reprises en bande dessinée ?

Le choix de Delaf et Lewis Trondheim pour cette nouvelle aventure est en soi un événement. Delaf, connu pour le succès des "Nombrils", a un style graphique moderne et dynamique, très différent de celui de Franquin. Lewis Trondheim, quant à lui, est une figure majeure de la bande dessinée alternative, réputé pour son inventivité, son humour décalé et sa capacité à naviguer entre différents genres et styles ("Lapinot", "Donjon"). Leur association, inattendue pour certains, promet une approche nouvelle. Vont-ils chercher à "francquiner" leur style ou assumer une interprétation plus personnelle de l'univers de Gaston ? C'est toute la question qui anime les discussions.

Cette relance s'inscrit dans une tendance plus large du monde de la bande dessinée, où les reprises de séries classiques sont de plus en plus fréquentes. Elles témoignent d'une volonté des éditeurs de faire vivre leur catalogue et de toucher de nouvelles générations de lecteurs. Cependant, elles posent également des questions fondamentales sur l'originalité, l'authenticité et le respect de l'héritage artistique. Le succès ou l'échec de "Des boum et des paf" sera un indicateur précieux pour l'avenir de ces pratiques. Accueilliront-ils ce nouveau Gaston avec enthousiasme, ou la flamme de la controverse se rallumera-t-elle ?

Quoi qu'il en soit, le retour de Gaston Lagaffe est un événement qui dépasse le simple cadre de l'édition. Il nous invite à réfléchir sur la pérennité des œuvres d'art, sur la façon dont nous célébrons et transmettons notre patrimoine culturel, et sur la difficile mais stimulante tâche de se réapproprier un mythe. Le public aura le dernier mot, et il est impatient de savoir si ce nouveau Gaston saura, une fois de plus, nous faire esquisser un sourire et un "M'enfin !" rempli de surprise.

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