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Énergie du bois : Une étude de Nature Sustainability révèle un impact climatique plus nocif que le gaz, secouant les politiques

Research casts doubt on plans by UK government to offer subsidies for carbon capture attached to the power source

20 avril 20266 min de lecture0 vues0 commentaires

La transition énergétique est un défi colossal pour nos sociétés. Dans la quête de sources d'énergie plus propres, la biomasse ligneuse, c'est-à-dire le bois brûlé pour produire de l'électricité ou de la chaleur, a longtemps été présentée comme une solution prometteuse, voire « neutre en carbone ». Pourtant, une étude récente publiée dans la prestigieuse revue Nature Sustainability vient jeter un pavé dans la mare, suggérant que cette approche, même couplée à des technologies de capture de carbone, pourrait être bien plus dommageable pour le climat que la combustion de gaz fossile. Ces conclusions explosives remettent en question des décennies de politiques énergétiques et de subventions, provoquant un débat houleux parmi les scientifiques, les industriels et les décideurs politiques.

Qu'est-ce que la bioénergie avec capture et stockage de carbone (BECCS) ?

Pour comprendre l'ampleur de cette révélation, il est essentiel de saisir ce qu'est la bioénergie avec capture et stockage de carbone (BECCS). En substance, le concept est le suivant : des plantes, comme des arbres, absorbent du dioxyde de carbone (CO2) de l'atmosphère en grandissant grâce à la photosynthèse. Une fois ces plantes arrivées à maturité, on les récolte et on les brûle dans des centrales électriques pour produire de l'énergie. La particularité du BECCS réside dans le fait que le CO2 émis lors de cette combustion est censé être capturé à la source, c'est-à-dire au niveau de la cheminée de la centrale, avant d'être stocké de manière permanente sous terre. L'idée générale est que le CO2 absorbé par les plantes durant leur croissance compense le CO2 relâché et capturé lors de la combustion, rendant ainsi le processus « carbonégatif » ou du moins neutre. Autrement dit, la BECCS est perçue comme un moyen d'extraire du CO2 de l'atmosphère, contribuant ainsi à la lutte contre le réchauffement climatique. C'est un peu comme si l'on remplissait un verre d'eau, qu'on le buvait, puis qu'on le remplissait de nouveau, pour un solde net nul ou négatif en eau.

Pourquoi brûler du bois serait-il pire que le gaz pour le climat, même avec capture de carbone ?

L'étude en question ébranle cette vision optimiste. Les chercheurs ont mis en lumière plusieurs facteurs clés qui rendent la combustion de bois pour l'énergie, même avec BECCS, potentiellement plus nocive que le gaz naturel. Le premier et le plus crucial est le « délai de carbone ». Lorsqu'un arbre est coupé et brûlé, tout le carbone qu'il a stocké durant des décennies ou des siècles est instantanément relâché dans l'atmosphère. Pour que ce carbone soit réabsorbé, il faut que de nouveaux arbres repoussent et atteignent une taille significative, ce qui prend des dizaines, voire des centaines d'années. L'étude estime que, dans certains scénarios, il faudrait jusqu'à 150 ans pour que le système devienne réellement « carbonégatif ». Pendant tout ce temps, le CO2 supplémentaire est dans l'atmosphère et contribue au réchauffement. C'est comme vider une baignoire pleine d'un coup et attendre que l'eau de pluie la remplisse goutte à goutte : il y a un long intervalle où la baignoire est vide.

En outre, la BECCS n'est pas parfaite. Une partie des émissions de CO2 dues à la combustion n'est jamais capturée. De plus, le processus de production de la biomasse n'est pas sans impact : il faut de l'énergie pour abattre les arbres, les transporter sur de longues distances, les transformer en granulés ou en copeaux, et faire fonctionner la centrale elle-même. Toutes ces étapes génèrent des émissions supplémentaires. Enfin, la surexploitation des forêts pour alimenter ces centrales peut avoir des conséquences désastreuses sur la biodiversité et la capacité naturelle des écosystèmes à séquestrer le carbone. Plutôt que de voir nos forêts comme des sources d'énergie à court terme, il faudrait peut-être les envisager comme des puits de carbone à long terme, dont la préservation est primordiale.

Quelles sont les implications pour nos politiques énergétiques actuelles ?

Ces révélations ont des implications profondes pour les politiques énergétiques mondiales. De nombreux gouvernements, y compris en Europe, ont classé la combustion de la biomasse ligneuse comme une source d'énergie renouvelable, lui accordant des subventions substantielles et l'intégrant dans leurs objectifs de réduction des émissions. L'étude de Nature Sustainability vient directement contredire cette classification, suggérant que ces politiques pourraient en réalité aggraver le problème climatique plutôt que de le résoudre. Les millions, voire les milliards d'euros et de dollars investis dans ces technologies pourraient être mal alloués si leur bénéfice climatique est illusoire ou différé à un horizon où il sera déjà trop tard pour éviter les pires scénarios climatiques.

Cette situation crée une véritable fracture. D'un côté, les scientifiques et écologistes appellent à une réévaluation urgente des critères de renouvelabilité et à une fin des subventions pour la biomasse ligneuse. De l'autre, l'industrie de la biomasse, qui a investi massivement dans ces infrastructures, défend ses pratiques en soulignant les emplois créés et la contribution à la sécurité énergétique. Les politiciens se retrouvent pris entre deux feux, contraints de concilier des impératifs économiques, environnementaux et sociaux dans un contexte de forte pression pour atteindre les objectifs climatiques.

Quelles voies s'ouvrent après de telles révélations ?

Face à ces découvertes, plusieurs voies s'ouvrent pour l'avenir de nos politiques énergétiques. Premièrement, il est impératif d'adopter une comptabilité carbone beaucoup plus rigoureuse et réaliste. Cela signifie prendre en compte l'intégralité du cycle de vie de la biomasse, y compris le délai de régénération forestière et toutes les émissions annexes, et non pas seulement les émissions à la cheminée. Les critères de ce qui constitue une énergie « renouvelable » et « climatiquement neutre » doivent être réexaminés à la lumière des dernières avancées scientifiques.

Deuxièmement, les investissements et les subventions publiques pourraient être redirigés vers des technologies dont les bénéfices climatiques sont plus immédiats et moins ambigus, comme l'énergie solaire, éolienne, ou géothermique. Il est crucial d'encourager la recherche et le développement de solutions véritablement durables, tout en accompagnant les industries et les travailleurs du secteur de la biomasse vers des activités plus respectueuses de l'environnement.

Enfin, cette étude nous rappelle que la lutte contre le changement climatique exige une vigilance constante et une capacité à remettre en question nos hypothèses, même les plus ancrées. La science évolue, et nos politiques doivent s'adapter en conséquence pour éviter de substituer un problème environnemental à un autre, sans jamais vraiment progresser vers une société véritablement décarbonée. L'avenir de notre planète dépendra de notre capacité à prendre des décisions éclairées, basées sur les preuves scientifiques les plus solides, plutôt que sur des raccourcis conceptuels ou des intérêts économiques à court terme.

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