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Malgré un vœu local, un cirque avec animaux s'installe à Bourges : les arcanes de la loi à l'épreuve des convictions

23 avril 20265 min de lecture0 vues0 commentaires

La place du 14-Juillet, située à Asnières-lès-Bourges, est depuis quelques jours le théâtre d'une installation qui ravive un débat persistant sur la coexistence des animaux et des spectacles itinérants. Le cirque Zavatta a posé ses chapiteaux, y présentant ses numéros, incluant des animaux. Cette situation n'est pas sans soulever des questions au sein de la cité berrichonne, où le conseil municipal avait pourtant voté, en 2020, un vœu en faveur de l'interdiction de l'utilisation des animaux sauvages dans les cirques et les spectacles.

Un vœu local face à la réalité juridique nationale

Le vote du vœu par la municipalité de Bourges en 2020 s'inscrivait dans une tendance nationale et internationale croissante de remise en question de la présence d'animaux sauvages dans les cirques. De nombreuses villes françaises avaient alors adopté des positions similaires, cherchant à affirmer leur engagement en faveur du bien-être animal. Ces vœux sont des expressions de la volonté politique locale, des signaux envoyés au gouvernement et à l'opinion publique, mais ils ne constituent pas, à eux seuls, des outils juridiques contraignants pour interdire une activité légale.

C'est précisément sur ce point que la situation de Bourges éclaire la complexité du cadre législatif français. Un représentant de la mairie a d'ailleurs souligné que "Nous n’avions aucun élément juridique nous poussant à interdire" la venue du cirque. En l'absence d'une loi nationale claire et directement applicable interdisant l'exploitation de tous les animaux dans les cirques, les municipalités se trouvent souvent désarmées, même lorsqu'elles partagent les préoccupations des défenseurs de la cause animale.

Le cadre national : entre annonces et mise en œuvre progressive

La France a pourtant progressé sur la question. En septembre 2020, Barbara Pompili, alors ministre de la Transition écologique, avait annoncé "la fin progressive de la faune sauvage dans les cirques itinérants" ainsi que l'interdiction de la reproduction et de l'acquisition de nouveaux animaux sauvages pour ces établissements. Ces annonces ont été en partie traduites dans la loi du 30 novembre 2021 visant à renforcer la lutte contre la maltraitance animale. Cette loi est une avancée majeure, mais elle prévoit une mise en œuvre échelonnée.

Concrètement, la loi interdit l'acquisition et la reproduction de nouveaux animaux sauvages pour les spectacles itinérants dès sa promulgation. Cependant, elle accorde un délai de cinq ans (soit jusqu'à fin 2028) aux cirques déjà détenteurs d'animaux sauvages pour se conformer. Durant cette période de transition, les animaux déjà présents peuvent continuer à se produire. Cette nuance est essentielle pour comprendre pourquoi un cirque avec des animaux peut légalement s'installer aujourd'hui à Bourges, même si la ville a exprimé sa désapprobation.

Le dilemme des municipalités et le débat citoyen

La situation de Bourges n'est pas isolée. De nombreuses autres communes ayant voté des vœux similaires se retrouvent confrontées à la même impasse juridique. D'un côté, il y a la pression des associations de protection animale et d'une partie grandissante de l'opinion publique qui estime que la place des animaux sauvages, et pour certains de tous les animaux, n'est pas sous un chapiteau de cirque, arguant des conditions de détention, des méthodes de dressage et de l'aspect éthique. Ces associations soulignent l'évolution des mentalités et la nécessité de faire évoluer les pratiques en conséquence.

De l'autre côté, les professionnels du cirque, à l'instar de la famille Zavatta, défendent leur métier, leurs traditions et leur modèle économique. Ils mettent en avant les soins qu'ils prodiguent à leurs animaux, souvent nés en captivité, et le lien particulier qui les unit à leurs bêtes. Ils s'estiment victimes d'une forme de "circophobie" et insistent sur la légalité de leurs activités, soulignant l'absence de maltraitance avérée et contrôlée par les services de l'État.

Perspectives et enjeux futurs

Le cas de Bourges est symptomatique d'une période de transition. La volonté politique locale et les aspirations d'une partie de la société sont en avance sur le calendrier législatif national, lui-même contraint par des considérations économiques, sociales et juridiques liées à l'accompagnement d'une profession entière dans une mutation profonde. L'enjeu est de trouver un équilibre entre la protection des animaux, le respect du droit au travail et la promotion d'une culture circassienne renouvelée.

Pour l'heure, le cirque Zavatta opère en toute légalité à Asnières-lès-Bourges, soulignant le chemin qu'il reste à parcourir avant une application pleine et entière des intentions législatives. Les associations de protection animale continueront sans doute à sensibiliser le public et à interpeller les élus sur le bien-être des animaux, tandis que les cirques sans animaux ou avec des numéros plus axés sur l'humain et les prouesses artistiques verront probablement leur nombre croître. L'avenir du cirque en France se dessine donc dans une transformation inéluctable, où les débats actuels en sont les prémices parfois complexes.

Conclusion

La présence du cirque Zavatta à Bourges, malgré le vœu de la ville, illustre parfaitement la tension entre les aspirations locales en matière de bien-être animal et les contraintes du droit national. Ce cas n'est pas un cas isolé, mais le reflet d'une phase de transition où la législation nationale progresse progressivement vers la fin des animaux sauvages dans les cirques, tout en permettant aux structures existantes de s'adapter. Pour l'heure, les municipalités comme Bourges naviguent dans un entre-deux, où la volonté politique se heurte aux limites du pouvoir réglementaire local, en attendant la pleine application de la loi de 2021.

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